Rozier Coze, une sommité médicale du XIXe siècle enterrée à Oberbruck.

 

 

 

 

 

 

 

 

Bordant l'allée centrale du cimetière d'Oberbruck, un ancien monument funéraire interpelle le passant. 

 

 

 

 

 La tombe de Rozier Coze au cimetière d'Oberbruck en janvier 2011. 

(Sauf indications particulières, les photos sont de l'auteur.)

 

 Sur la plaque de marbre on lit :

 

 

Ici repose 

Jean Baptiste

Rozier Coze

doyen honoraire

de l'ancienne Faculté

de médecine

de Strasbourg

décédé le 25 avril 1875

à l'âge de 80 ans

 

Qui est ce personnage éminent de la médecine du XIXe siècle ? Quels sont ses liens avec la vallée de la Doller ?  Par quels hasards de l'histoire a-t-il fini ses jours à Oberbruck ?  Voici quelques réponses puisées aux sources disponibles sur le web. (Détails des sources en bas de page.)

Jean-Baptiste Rozier Coze est l'un des maillons d'une illustre dynastie médicale des XIXème et XXème siècles.

La famille Coze est originaire du Nord de la France, du département du Pas-de-Calais. Pierre Coze, le père de Rozier, naît le 17 avril 1754 à Ambleteuse, à une dizaine de kilomètres au nord de Boulogne-sur-Mer. Reçu docteur en médecine à Paris en 1779, il choisit la carrière militaire et devient, à 25 ans, médecin-major du régiment de Champagne. Sous la Révolution, le hasard des mouvements des troupes l'amène à Sélestat où il rencontre Marie Paule Sadoul qu'il épouse en 1791. En 1794, alors qu'il est médecin-chef de l'armée de Sambre et Meuse, une chaire de médecine lui est offerte à la toute nouvelle École de Santé de Strasbourg, créée par la Convention. Ainsi quitte-t-il l'armée pour se consacrer à l"enseignement de la médecine. Le 21 pluviôse an III, Pierre Coze, avec ses confrères Laurent, Tourtelle et Flamant, président à l'ouverture solennelle de l'École de médecine, qui devient en 1808 la Faculté de médecine de Strasbourg. Reconnu comme habile praticien, auteur de nombreux ouvrages parus pour la plupart dans les "Mémoires de la Société des sciences, agriculture et arts de Strasbourg", Pierre Coze est nommé doyen de la Faculté en 1814, poste qu'il occupe jusqu'à sa mort le 25 juin 1821.

 

Jean-Baptiste Rozier Coze est le deuxième enfant du couple Pierre Coze – Marie Paule Sadoul, né à Strasbourg en 1795.  Il doit ses prénoms et notamment l'original "Rozier", à l'admiration que vouait son père à l'abbé Jean-Baptiste Rozier, un agronome du siècle des Lumières, ami de Jean-Jacques Rousseau, tué par une bombe lors du siège de Lyon en 1793.

 

 

 

L'abbé Rozier (1734-1793)

 (Origine de l'image : Wikipedia.)

Le jeune Jean-Baptiste Rozier Coze fait ses études au lycée impérial de Strasbourg, puis à la Faculté de médecine où il est reçu docteur le 15 juillet 1817. Professeur à la Faculté en 1827, il y enseigne la toxicologie et la chimie médicale pendant trente années. Nommé doyen en 1835, ce titre lui est renouvelé jusqu'à sa retraite. La Faculté de médecine garde l'empreinte de son décanat : transfert des cours médicaux proprement dits à l'hôpital, accroissement notable des cliniques médicale, chirurgicale et obstétricale, fondation de l'École de santé militaire.

Rozier Coze prend sa retraite le 31 août 1857 et se retire à Remiremont (Vosges) puis à Oberbruck. Ce dernier choix s'explique par des circonstances familiales. En effet, en 1860, sa petite-fille, Marie Tocquaine, épouse Victor Zeller, industriel à Oberbruck et vient s'installer dans ce village. Sa mère, née Pauline Coze, veuve depuis dix ans et son grand-père Rozier, veuf et retraité, l'y rejoignent. C'est ainsi que Rozier Coze passe les quinze dernières années de sa vie à Oberbruck. Selon la tradition, le séjour dans le petit village de ce personnage paré d'honneurs et riche en relations a constitué un événement marquant, attirant dans le fond de la vallée nombre de notabilités de la région.

Rozier Coze en famille pendant sa retraite à Oberbruck en 1869. (Origine de la photo : M. Patrick Bureau.)

A gauche : Rozier Coze ; assise : sa fille Pauline Coze, veuve Tocquaine ; debout : sa petite-fille Marie Tocquaine épouse Zeller ; au centre : son arrière-petit-fils René Zeller, futur industriel à Etueffont.   

Le doyen honoraire consacre en partie sa retraite à la méditation et à la rédaction d'ouvrages pieux. Auparavant voltairien, il revient, après le décès de son épouse en 1851, dans le giron de l'Église catholique, ainsi qu'en témoignent ses œuvres rédigées à Oberbruck : "Passion, mort et résurrection de N.S. Jésus-Christ, narration complète au moyen de la simple coordi­nation du texte des 4 évangiles" (1864) et "Essai d'interprétation de l'Apocalypse" (1872).   

Jean-Baptiste Rozier Coze meurt le 25 avril 1875 à Oberbruck où il est enterré. Sa fille Pauline le rejoint dans la tombe en 1904. 

 

 

              Médaillon de bronze apposé sur le monument funéraire. 

 

Plaque commémorative de Pauline Tocquaine née Coze.  

Après le décès de Rozier Coze, les liens entre la famille Coze et la vallée de la Doller vont perdurer, ainsi que la vocation médicale de plusieurs de ses descendants.
 

Pierre Léon Coze, le fils aîné de Rozier, suit les traces de son père et de son grand-père. Médecin en 1842, il est professeur agrégé à la Faculté de médecine de Strasbourg en 1857 puis succède à son père à la chaire de médecine et de thérapeutique. 

Contemporain et adepte de Pasteur, il devient l'un des précurseurs de la bactériologie en étudiant, de 1863 à 1872, les rapports entre les maladies infectieuses et les microbes. En 1865, il se signale en allant soigner volontairement les malades pendant l'épidémie de choléra à Gray. Lors de la guerre de 1870, il sert comme médecin principal de l'armée. Après l'annexion de l'Alsace, Pierre Léon Coze suit la Faculté de médecine à Nancy où elle a été transférée. Il y poursuit ses cours jusqu'à sa retraite en 1889. Il meurt à Nancy en 1896.

 Léon Coze.

(Origine de l'image : http://www.professeurs-medecine-nancy.fr/Coze_L.htm )

Son fils, Vital Coze (1845 –1930), également médecin, choisit d'abord la voie militaire. Il sert en Algérie, puis en 1870, dans l'armée du Rhin, ainsi que pendant le siège de Paris. Ayant opté pour la nationalité française en 1872, il poursuit sa carrière dans l'armée jusqu'en 1878. Après cette date, il exerce la médecine à titre libéral à Valence, plus tard à Aix les Bains avant de se retirer à Toulon.

Un des fils de Vital Coze, Fulbert Coze (1879–1957), fidèle à la tradition médicale familiale, est chirurgien au Puy en Velay. Sa sœur, Marie–Amélie Coze (1881–1981) épouse en 1903 Paul Gasser, le fils d'Édouard Gasser, qui tient à Masevaux la pharmacie, sise place Clemenceau, dans l'immeuble actuellement occupé par le magasin Pulsat/Technicom.

Émile Coze, le plus jeune fils de Rozier, s'établit à Vauxbuin dans l'Aisne. Sa petite-fille, (et arrière-petite fille de Rozier), Charlotte Coze, épouse en 1896, Xavier Zeller, lui aussi un arrière-petit-fils de Rozier par sa grand-mère Pauline Coze. Xavier Zeller (1872–1937) est médecin à Masevaux de 1918 à 1937 ; son cabinet est installé dans la maison qui abrite aujourd'hui le Relais de la Poste.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Dr. Xavier Zeller en 1904.

(Origine de la photo : M. Patrick Bureau.)

  Tombe du Dr. Xavier Zeller et de son épouse, née Coze, au cimetière de Masevaux.

En 1903, deux autres arrière-petits-enfants de Rozier s'épousent : René Brunet, un petit-fils de Pierre Léon Coze, convole avec Laure Zeller, la sœur de Xavier Zeller.  Ce couple a un destin tragique : René Brunet tombe au champ d'honneur en 1914 ; son épouse Laure décède à l'âge de 32 ans. 

 

Plaque commémorative des époux René Brunet - Laure Zeller sur la tombe de Rozier Coze. 

 

 

 

D'autres descendantes directes de Rozier ont résidé dans notre vallée, à Dolleren où elle sont enterrées : ses arrière-petites-filles, Marie et Renée Marie Brunet, sœurs de René Brunet, et leur nièce, Anne-Marie Brunet. 

 

 

 

Tombe des sœurs Brunet et de leur nièce au cimetière de Dolleren.

La tombe de Rozier Coze au cimetière d'Oberbruck porte la mémoire d'une famille illustre qui a marqué notre vallée pendant de nombreuses décennies. Si aujourd'hui son nom ne parle plus guère aux habitants d'Oberbruck, de nombreux descendants de Rozier Coze, en France et dans le monde, témoignent de la vitalité toujours intacte de sa lignée.

Henri Ehret, février 2011.

Sources : 

Sur le site http://gallica.bnf.fr/ : "Dictionnaire de biographie des hommes célèbres de l'Alsace."

Sur le site : http://vpf2.free.fr/ : "Histoire de la famille Coze." par P.Bureau.  "Vie de Vital Coze." par B.Verrière

Mes remerciements à M. Patrick Bureau pour les documents aimablement fournis.

Sur le site : http://sadoul.free.fr/Textes/Chroniques_Sadoul/09_Les_Cozes.html : "La famille Coze."

Sur le site : http://www.professeurs-medecine-nancy.fr/Coze_L.htm  : "Éloge funèbre de Léon Coze."

Sur Généanet : arbre généalogique Coze par M. Philippe Durupt de Baleine.