Histoire locale de Masevaux et de sa vallée.

 

 

Rares émotions sportives dans la vallée de Masevaux au XXe siècle.

 

Le hasard de la découverte d'un document, texte, photo, journal, article de site internet, nous remémore la joie et l'exaltation, mais aussi l'amertume et la déception que le sport a pu apporter à nos prédécesseurs.

1901 : à vélo via le Sternsee !

 

A la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, le sport connaît ses premiers développements en France. Si le tennis, l'escrime, l'équitation, le yachting restent les disciplines des classes privilégiées, le cyclisme devient rapidement le sport le plus pratiqué. Les premiers clubs sont créés dans les années 1880 et, en 1896, le cyclisme devient sport olympique. Les améliorations techniques des vélocipèdes favorisent l'essor des courses souvent organisées et relatées par la presse, ainsi que la naissance du cyclotourisme pratiqué par la bourgeoise sportive.

A l'aube du XXe siècle, le principal journal sportif français est "L'Auto-Vélo", fondé en 1900 :

 

Origine de l'image : Gallica

Devenu "L'Auto" en 1903, ce quotidien, sous la direction de Henri Desgranges, entre dans l'histoire en créant le "Tour de France".

 Le 24 août 1901, l' "Auto-Vélo" publie ce petit article :

"Saint-Amarin, 22 août. — Partis de Delle, nous nous sommes retrouvés à Fontaine non sans avoir emprunté la route allemande où le préposé nous a cyniquement fait faire demi-tour, les permis que nous avions demandés pour huit jours n'ayant été accordés que pour quatre.

Mais c'est à Massevaux que nos petites misères ont commencé ; nous avons eu plusieurs accidents de machines et perdu de ce chef deux heures. Là, on nous prévient que nous ne pourrons pas franchir la montagne avec nos bicyclettes. Mais il n'y a rien de sacré ni d'impossible pour la S.V.M. et nous sommes partis. Ne s'agit-il pas de suivre l'itinéraire arrêté à Paris ? A Oberbruck et à Rimbach on nous prédit que nous passerons sûrement la nuit dans les sapinières. Allons toujours !

Quelle étape ! J'en frémis encore ! Nous avons mis, portant nos machines sur notre dos, deux heures pour arriver au lac de Sternsee, perdu au fond d'une cuvette dans laquelle aucune issue ne se voyait. Il fallait sortir de là et la nuit arrivait. La S.V.M. allait sûrement découcher en bande lorsqu'au bout d'une demi-heure nous avons commencé à redescendre. C'est alors que nous avons rencontré un chalet dont le propriétaire, avant de nous donner à manger, nous a regardés avec stupeur car, avant nous, un seul cycliste avait fait ce que nous venions de faire.

Enfin, à 9 H 1/2 du soir nous étions à Saint-Amarin où je vous prie de croire que nous avons fait honneur au dîner.

Drezet."

En 1901, Delle et Fontaine sont en France mais l'Alsace est allemande.

 

 

la SVM : Société Vélocipédique Métropolitaine dont le siège est à Paris.

 

 

 

ce chalet pourrait être le Gazon-Vert situé entre le Sternsee et la vallée de la Thur.

 

 

M. Drezet était le président de la SVM. 

Le Sternsee (ou Lac des Perches) n'est accessible par aucun chemin carrossable ou cyclable, ce qui avait échappé aux organisateurs parisiens de l'étape Delle-Saint-Amarin ! 

Photo de l'auteur.

Un cycliste vers 1900 : Constant Huret (1870-1951), spécialiste des longues distances comme les courses de 24 heures ou Bordeaux-Paris (594 km). 

Origine de l'image : https://www.traces-h.net/pnoms/huret_frances.html

1928 : sports nautiques aux Neuweiher.

 

Les deux lacs des Neuweiher, malgré leur nom signifiant "nouveaux étangs", sont en réalité fort anciens. Ils occupent des cirques de l'ère quaternaire à l'amont de verrous glaciaires sur lesquels ont été élevés des barrages de retenue au XVIe siècle dans le but de fournir l'énergie hydraulique aux forges et martinets d'Oberbruck. Après différentes péripéties (dont une période à la fin du XVIIIe siècle où ils furent asséchés et transformés en prairies), les lacs retrouvèrent leur vocation industrielle au XIXe siècle, quand leur nouveau propriétaire, le manufacturier Joseph Zeller, fit surélever la digue du grand étang de 4 mètres à 12 mètres. Jusqu'à la cessation de l'activité textile en 1961, les Neuweiher apportèrent leurs eaux à la conduite forcée qui alimentait la turbine de la filature d'Oberbruck.

A partir de la fin du XIXe siècle, parallèlement à leur rôle industriel, les Neuweiher entrèrent également dans l'ère du tourisme. Le Club Vosgien de Masevaux, fondé en 1883, traça des sentiers balisés fréquentés par des randonneurs de plus en plus nombreux grâce à la ligne de chemin de fer Cernay-Sewen ouverte en 1901. Ainsi a été créé le sentier balisé par une croix bleue qui relie la gare d'Oberbruck aux Neuweiher par le Bas-Gresson. 

En 1927, le Club Vosgien de Masevaux construisit au bord du grand Neuweiher un refuge qui donna une formidable impulsion aux activités touristiques du site. Ainsi, dès 1928, fut organisée une fête nautique et sportive relatée par un des participants dans le bulletin de la Section de Mulhouse du Club Vosgien. 

Extraits de cet article :

Fête nautique et sportive aux Neuweiher le 19 Août 1928.

 ...

" On partit donc de Mulhouse à 6 H 10. Arrivés à Oberbruck à 7 H 49, il ne fut pas possible de se rendre exactement compte du nombre de Mulhousiens participant à l'excursion. Malgré le son du cor du guide, dès la descente du train, un certain nombre des membres de notre Section, suivant l'habitude indéracinable du Club Vosgien de Mulhouse, se mit à partir en avant, de crainte, sans doute, de ne pas être aux Neuweiher pour l'ouverture de la fête ; et pourtant les derniers arrivés durent attendre encore toute une heure le commencement des concours.

Quand on fut en vue des lacs, quel spectacle! Une foule grouillante et bigarrée, de tous les âges, circulant sans arrêt et occupant les moindres recoins ! Les nageurs et les nageuses ne manquaient pas non plus ; en regardant quelques-uns des premiers, on les aurait cru descendus du Paradis terrestre, à la seule différence près que, aux Neuweiher, la feuille de figuier était remplacée par un morceau d'étoffe noire.

Des distractions diverses : un stand de tir, un casse-pots, un stand de poupées, permettant de gagner différentes surprises et trois buffets bien garnis, dispersés ici et là dans la verdure, agrémentaient et complétaient la fête.

A 11 heures, les concours commencèrent aux sons de la musique, ce qui leur donna un charme tout particulier. Ceux qui ne connaissaient pas ou qui ne connaissaient que peu le sport de la natation, purent admirer véritablement de belles prouesses. Mais le concours le plus goûté fut certainement celui du water-polo : le lancer de balle en nageant est vraiment très intéressant et très beau à voir.

Entre-temps, chacun s'installait à son gré pour prendre son repas, et le joli refuge du Club Vosgien de la Vallée de Masevaux, occupé par un essaim de cuisinières, fournit à volonté soupe, saucisses et café chauds. Aussi les organisateurs ont-ils dû être satisfaits de la recette : ne fut-on pas obligé, au milieu de l'après-midi, de faire chercher encore des tonneaux de bière, tant les gosiers se desséchaient ? Il est vrai qu'une partie du lac aussi était à sec. 

Vers 4 heures, les concours finis, commença la musique de danse sur un terre-plein, au milieu de la forêt, et ici tout le monde put s'en donner à cœur joie et sans bourse délier. Malgré ces avantages, ce parquet nouveau genre ne plut pas à quelques jeunes qui attendaient avec impatience un départ avancé leur permettant d'aller tourner en rond dans une salle empestée et enfumée d'un café d'Oberbruck.

Peu à peu, toute la foule s'écoula. La quarantaine de Mulhousiens partaient en plusieurs groupes par des trains différents. Les derniers infatigables de la Section, à une bifurcation, se séparèrent même encore en deux parties : seul, un des guides, avec deux personnes, suivit le chemin prévu au programme qui leur permit de jouir d'une très belle vue sur le Ruchberg, le Sattel, le Rossberg et le coquet village de Rimbach. Les autres, prétextant un chemin caillouteux...refirent le même trajet que le matin, à l'aller ... ; ils arrivèrent d'ailleurs à Oberbruck, dix minutes après les trois autres.

Ce qui n'empêcha pas ces deux derniers restes de la Section de Mulhouse de rentrer ensemble par le dernier train ; et chacun, enchanté de sa journée, remercia le Club Vosgien de la Vallée de Masevaux de cette belle fête dont tout le monde conservera le meilleur souvenir."

Le Colonel.

 

Surplombant le grand Neuweiher, le refuge du Club Vosgien de Masevaux construit en 1927. Par la suite il a été plusieurs fois agrandi et modernisé. 

Photo : carte postale.

 
Les deux Neuweiher en 1954.

De 2004 à 2007, la digue du lac supérieur a été reconstruite à neuf avec cependant une réduction de 4 mètres de sa hauteur, entraînant une diminution de la superficie du lac qui est passée d'environ 5 ha à 4 ha.

Photo : carte postale.

 

Le succès de la fête nautique de 1928 (elle aurait attiré plusieurs milliers de personnes) détermina le Club Vosgien à la rééditer au cours des années suivantes. En 1931, elle était placée sous la présidence d'honneur du masopolitain Charles André, président du Conseil général du Haut-Rhin. Par rapport à la première manifestation, les épreuves sportives avaient été multipliées. De 10 H 30 à 13 H 30, 11 épreuves de nage de 50 m à 200 m ont été disputées dans les catégories messieurs, dames, juniors, minimes et non-licenciés. La matinée s'est terminée par le challenge Charles André, un relais 5 fois 50 m nage libre messieurs. L'après-midi, un tournoi de water-polo a opposé quatre équipes ; entre les matches, des intermèdes divertissants comme des plongeons ou des jeux comiques faisaient patienter les spectateurs. Une fête montagnarde, avec un bal champêtre et de nombreuses attractions, ainsi qu'un feu d'artifice, ont complété le caractère festif de la journée. 

Pour répondre à l'afflux des spectateurs venus de toute la région, des trains supplémentaires avaient été mis en service entre Mulhouse et Oberbruck.    

Les Neuweiher attiraient également les sportifs en hiver. En février 1936, L'Express de Mulhouse signalait qu'une épaisse couche de glace couvrait les deux lacs. Le club vosgien informait les amateurs de patinage que son refuge était ouvert tous les jours et qu'ils y trouveraient nourriture et boissons dans des locaux bien chauffés.

 

 
          Sources :

         - compte-rendu de la Fête nautique : site Gallica.

         - historique des Neuweiher : neuweiher.canalblog

         - historique du Club Vosgien : https://club-vosgien-masevaux.fr/index.html

         - Fête nautique de 1931 et patinage en 1936 : journal L'Express de Mulhouse. 

1967 : la flamme olympique traverse la vallée.

 

Les Jeux olympiques d'hiver de 1968 ont eu lieu à Grenoble et dans plusieurs stations du Dauphiné. Le 16 décembre 1967, la flamme olympique a été allumée à Olympie, en Grèce, puis transportée par avion jusqu'à Orly. A partir de là, le symbole olympique a effectué un périple de 7300 km à travers la France. Affrontant des conditions hivernales rigoureuses, 5000 porteurs entourés de 80 000 accompagnateurs se sont relayés pour acheminer le flambeau jusqu'au site olympique, à pied, à vélo, à ski, à cheval, à la nage, à la rame ainsi que par des moyens mécaniques comme l'hélicoptère ou l'escorteur de la marine nationale. On estime que plus de 2 millions de spectateurs se sont pressés sur le parcours et que cet acheminement a été la plus grande manifestation omnisports jamais organisée en France.

La vallée de Masevaux a eu la chance de participer à cette ferveur sportive. Le 25 décembre 1967, jour de Noël, la torche olympique, venant de Saint-Maurice-sur-Moselle, est arrivée au Ballon d'Alsace. A 13 heures 10, elle a été transmise au Ski-Club Vosgien de Masevaux qui a descendu la piste noire du Langenberg, puis a atteint Sewen par la route. Elle a traversé ce village dans les mains des clubs locaux de judo et de ski qui l'ont transmise aux basketteurs du Cercle Saint-Augustin de Rimbach et aux footballeurs de l'Union Sportive d'Oberbruck. A l'entrée de Wegscheid, les footballeurs de l'Association Sportive Kirchberg-Wegscheid ont pris le relais,  avant de confier le flambeau aux sportifs masopolitains : Société de gymnastique, Société sportive Saint-Martin, Football-Club et Ski-Club. 

A 14 heures 10, le maire de Masevaux, M. Roth, a placé la flamme sur un podium érigé place Clemenceau où elle est restée exposée une vingtaine de minutes à l'admiration d'un nombreux public.

A 14 heures 30, passant sous une voûte de bâtons de skis dressés par les membres du Ski-club, le flambeau a repris son chemin jusqu'à la route Joffre. Là, il a été fixé sur le sac à dos d'un cycliste mulhousien qui l'a emmené, via le Hundsruck, jusqu'à Bitschwiller-les-Thann.

Le passage de la flamme olympique a été vécu par les porteurs, accompagnateurs et spectateurs avec une émotion intense et le sentiment de toucher au plus près les valeurs et idéaux de l'Olympisme : paix, fraternité, tolérance, fair-play et noble émulation.

 

25 décembre 1967 à 13 heures 40 : les footballeurs de l'Union Sportive d'Oberbruck escortent la flamme olympique en direction de Wegscheid.

Photo Philippe Scheubel.

 
          Sources :

         - Patrimoine Doller, n°2, article de G. Zimmermann.

         - Écho d'Oberbruck Autome-Hiver 2008/2009, article de B. Comte.

         - site du COLJOG : Conservatoire Observatoire et Laboratoire des Jeux Olympiques de Grenoble.

1978 : le FC Masevaux défie l'élite.

 

Le Football Club 1915 de Masevaux est né dans les circonstances particulières de la Première Guerre mondiale. Reconquise par l'armée française depuis le 7 août 1914, Masevaux est pendant tout le conflit le lieu de cantonnement de nombreux soldats et officiers, à la fois renforts venus de l'arrière en attente de monter au front et unités au repos après les combats dans les tranchées. Ce sont ces militaires qui ont initié les jeunes masopolitains au football : ceux-ci ont fait leurs premières armes en servant de sparring-partners lors de matchs contre des soldats français, anglais ou tchèques stationnés dans la ville.

En 1926, le club, nommé d'abord ASM (Association Sportive de Masevaux), devient le Football Club de Masevaux. La même année, la municipalité lui concède un terrain dans l'anse de la Doller, à l'emplacement actuel de la piscine. Pendant les décennies suivantes, le FC Masevaux connait des hauts et des bas, tant dans le domaine sportif que matériel et humain. Treize joueurs ont perdu la vie lors de la Seconde guerre mondiale. Le terrain a été dévasté par une crue en 1947 et en 1949 la tribune a flambé. Sur le plan sportif, montées en Promotion et relégations en Division 1 ou 2 se succèdent.

C'est au milieu des années 1970 que le club connaît sa plus faste période. Sur un stade tout neuf inauguré en 1969, grâce à un judicieux amalgame de talents locaux et de joueurs recrutés dans la région, l'équipe fanion accède en Division d'Honneur et, en 1976, est sacrée championne d'Alsace. Le club tente l'aventure du championnat de France en Division 3, ce qui fait venir à Masevaux des professionnels de Mulhouse, Nancy, Metz, Sochaux avec des joueurs comme Arsène Wenger, Joël Bats, Bernard Genghini...

La coupe de France 1977-1978 apparaît comme l'apogée, mais aussi comme le chant du cygne du FC Masevaux. Le club passe avec succès les  7 premiers tours et atteint les 32èmes de finale qui l'opposent au FC Metz, équipe de Division 1 nationale. Trois jours avant la rencontre prévue le 29 janvier à Mulhouse, le journal "L'Équipe" publie cet article :

 

 

Hélas, le rêve se brise, la lutte entre le petit Poucet de Division d'Honneur et l'ogre de Première Division est trop inégale : Masevaux s'incline par 5 buts à 0.

Après cette brillante période, le FC Masevaux quitte l'élite régionale. Il poursuit cependant son activité jusqu'à nos jours avec persévérance, formant de jeunes pousses qui ambitionnent d'égaler un jour leurs glorieux aînés du siècle passé.   

 

 
          Sources :

         - journal "L'Équipe".

         - site : https://fc-1915-masevaux.footeo.com/page/histoire-palmares.html

 

           A suivre, au hasard de la découverte de nouveaux documents...

Henri Ehret, juillet 2019.

Mise à jour, novembre 2020.

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